LE TEMPS PERDU (Extrait d’un texte inédit)

LE TEMPS PERDU (Extrait d’un texte inédit)

Il avait fallu un rai de lumière filtrant de l’ondulation dilatée sur sa main veinée et il eut dit vieillie, puis un carré radieux, et tous deux disparurent soudain après avoir violé la pénombre de l’immense salle bruyante.

Il avait alors relevé la tête et, comme s’arrachant en hâte d’un sommeil plein de cauchemars, il s’était détaché de la machine qu’il manipulait assidûment au prix de sa sueur, avait vaillamment encouru la sanction qu’il risquait si son absence venait à être constatée par le contremaître, s’était laissé entraîner par la puissante main qui agrippait le bas de sa veste bleue délavée d’ouvrier de deuxième catégorie, irrésistiblement, vers la porte.

Il l’ouvrit et s’arrêta tout net. ” Plus un pas !” sembla lui intimer le roi diurne, rougeoyant dans son disque régulier. Il inspira profondément. Lentement. Yeux, oreilles, narines, peau et même son palais : ses organes ressuscitaient. Il revenait à la vie après une éternité d’obscurité, de travail, d’anéantissement. Le légendaire monarque dut lire dans ses pensées, car un charmant sourire contagieux éblouit son trône gris-bleu.

Voilà le fugitif qui cligne de l’œil à son libérateur et, dans un souffle complice, lui confie : “Dire que j’ai sacrifié tout ce bonheur à un impitoyable individu !”

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